D67 Club Le Havre les Francs- Maçons et la mer

D 64 INNER WHEEL CLUB LE HAVRE

Jean-François Masse nous présente sa conférence comme un préambule à la visite de l’exposition « Le Havre, les Francs-Maçons et la Mer 18è-19è siècles» qu’il commentera pour nous le 19 septembre prochain à l’abbaye de Graville.

Cette exposition reprend une exposition présentée au musée de la franc-maçonnerie en 2015 sous le titre de « Les Francs-Maçons et la Mer », sous le commissariat d’Eric Saunier, directeur de l’IDERM (Institut d’Etudes et de Recherches maçonniqess).  Avec le concours des Musées d’Art et d’Histoire du Havre, dirigés par Elisabeth Leprêtre et l’adjonction des objets de la collection personnelle de Jean-François Masse, l’exposition s’est enrichie de l’histoire du Havre.  Et ce n’est pas sans raison, puisque dès le 18ème siècle, l’éminent chanoine Pingré, franc-maçon notoire, est associé à l’histoire de l’abbaye de Graville.

L’année 1717 marque le début de la franc-maçonnerie moderne, avec la fédération des anciennes loges à Londres.  Une déclaration de 1723 propose comme objectif de « réunir les hautes valeurs morales… et de préparer la concorde universelle ».  La première loge parisienne est fondée en 1725, la première loge havraise en 1738 (avant Rouen).  En 1879, le Grand Orient compte 47 000 adhérents et se présente comme une institution philanthropique, philosophique et progressiste œuvrant en vue du perfectionnement de l’humanité.  Les loges sont laïques, sauf la Grande Loge de rance qui fait référence à Dieu comme « grand architecte de l’univers ». 

La franc-maçonnerie compte actuellement 5,7 millions de membres dont 4 millions aux Etats-Unis,    1 million en Grande Bretagne et environ 435 000 en Europe dont 180 000 en France.  A titre de comparaison, le Rotary compte 1,2 millions de membres dans le monde et 33 000 en France.

La franc-maçonnerie est constituée de nombreuses loges, dont 42 sont reconnues.  Parmi les plus importantes, le Grand Orient de France et la Grande Loge nationale de France, seule obédience reconnue par Londres.  Depuis le 18è siècle les femmes ont pu se joindre aux francs-maçons, d’abord dans des « loges d’adoption féminines », Madame Tallien et la princesse de Lamballe, entre autres en ont fait partie, puis dans des loges mixtes à la fin du 19è siècle.  Depuis 10 ans 1 050 loges se sont ouvertes aux femmes.

Au Havre, on compte une douzaine de loges dans 5 obédiences avec environ 500 membres.  La loge de la rue Arago peut être visitée. 2

Le fonctionnement des loges est inchangé depuis 3 siècles.  La loge se constitue avec un chef élu, le « vénérable ».  Les réunions ont lieu dans un « temple ».  Le vénérable est assisté des 2 surveillants des colonnes nord et sud.  On trouve en outre un orateur, un secrétaire chargé de rédiger le compte-rendu de chaque séance, puis des officiers : le trésorier, l’hospitalier, le grand expert, le maître des cérémonies, le maître de la colonne d’harmonie (musique) et le maître des banquets.

Les réunions se déroulent selon une procédure rigoureuse : on se réunit sur le parvis, puis on fait entrer dans le temple le collège d’officiers, puis les grades différents et on commence les travaux.  Après l’appel, c’est la lecture du tracé des derniers travaux (administration, nouvelles des autres obédiences) et enfin les « planches » pendant lesquelles on traite de sujets divers, comme le symbolisme, ou de sujets d’actualité (jamais de politique).

Pour entrer dans une loge, il faut avoir un casier vierge et ne pas appartenir à un parti d’extrême-droite.  L’admission se fait par cooptation.  Le nouveau membre entre avec le titre d’impétrant.

Le lien que les deux expositions présentées à Paris, puis au Havre, établissent avec la mer n’est pas artificiel : c’est en effet par la mer que la franc-maçonnerie s’est propagée dans le monde depuis Londres.  Une des origines possibles de la franc-maçonnerie est d’ailleurs le passage des Templiers en Grande Bretagne et leur établissement en Ecosse à la fin du 14è siècle, pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes en France.

Un lien existe-t-il entre la franc-maçonnerie et le Rotary ?  On considère en effet que le Rotary dans sa conception serait très proche de la franc-maçonnerie.  Sans doute y a-t-il eu des francs-maçons parmi les fondateurs du Rotary.

Au Havre, la SHED (Société havraise d’Etudes diverses) a été créée à l’instigation de francs-maçons. Parmi ses membres fondateurs on ne compte pas moins de 7 francs-maçons.  Au cours des 50 premières années de son existence elle a eu 25 présidents francs-maçons.

Après cette brillante présentation de la franc-maçonnerie, l’envie est grande d’aller à la découverte de l’exposition de Graville sur une institution qui a toujours parue à la fois proche et mystérieuse mais dont nous connaissons à présent les principaux caractères.  Rendez-vous est pris avec Jean-François Masse le 19 septembre à l’abbaye de Graville.  

visite de l’exposition « Le Havre, les Francs-Maçons et la Mer » à l’abbaye de Graville.

Nous retrouvons sur place Jean-François Masse qui nous avait présenté la franc-maçonnerie par une belle conférence, au mois d’août.  Il va être notre guide pour l’exposition.

Le milieu maritime a été immédiatement attiré par la franc-maçonnerie.  Le diplôme de maître est un véritable passeport qui permet d’être reçu dans les villes d’escale.  Plusieurs vitrines présentent ces diplômes, ainsi que des « tabliers », des bijoux et des insignes portant les symboles francs-maçons.  Des documents, livres, photographies, tableaux, gravures montrent la réalité de la vie maçonnique : les « temples », les cérémonies, les statuts, les listes de membres, les jetons de présence…

On découvre ensuite l’histoire de la franc-maçonnerie au Havre qui commence en 1738 avec la création d’une première loge qui obtient sa constitution régulière en 1744 sous le nom de La Fidélité.  Une deuxième loge est constituée en 1772, L’Aménité.  Pendant la Révolution, les deux loges continuent leurs travaux.  Sont ensuite créées la loge Les Trois Haches et la loge Les Vrais Amis.

Au début du 19ème  siècle, seules les loges L’Aménité et Les Trois Haches ont survécu.  Elles sont rejointes par L’Olivier Ecossais en 1829.  Les trois loges décident de faire construire un temple commun dans l’actuelle rue Jules Lecesne.  Incapables de rembourser leurs emprunts, les francs-maçons cèdent le bâtiment à la Ville du Havre en 1880 qui en fait l’école des Beaux-Arts.

Au début du 20è siècle, il ne reste que deux ateliers au Havre : Les Trois Haches et L’Olivier Ecossais.

En 1936 est créée une loge d’adoption féminine L’Olivier Ecossais n°38bis qui n’aura qu’une existence éphémère.  Après la guerre, plusieurs loges d’obédiences différentes sont créées au Havre.

Des vitrines exposent des objets illustrant cette histoire havraise : registres, bulletins, extraits de journaux, publications, représentations de lieux ou de cérémonies.

La suite de l’exposition est consacrée aux francs-maçons célèbres.  Impossible de les citer tous tant ils sont nombreux.  Quelques-uns sont particulièrement représentés à cause de leurs liens avec Le Havre : parmi eux l’armateur Eliezer Homberg, les négociants Stanislas Foäche et Louis Reinhardt , les maires Jacques-Ambroise Rialle et Jean-Marc Belot, les docteurs Suriray et Lecadre… sans oublier le président Félix Faure dont un grand tableau commémore la visite au Havre.

Une place particulière est réservée à deux figures importantes de la franc-maçonnerie dont les vies furent liées à l’histoire du Havre : le chanoine Pingré et le marquis de La Fayette.

Alexandre-Gui Pingré illustre savant, géographe et astronome du roi Louis XVI a enseigné la philosophie, puis la théologie à Saint-Honorine de Graville.  En 1766 il est le fondateur de la loge parisienne Les Cœurs simples de l’Etoile Polaire.  En 1778 il assiste à l’initiation de Voltaire.

Le marquis de La Fayette, franc-maçon dès l’âge de 18 ans, marin et acteur de l’histoire du Havre constitue à lui seul une illustration vivante du thème de l’exposition.  Son rôle historique dans la guerre d’Indépendance des Etats-Unis est directement lié aux idéaux maçonniques.  Il était l’ami de Benjamin Franklin et de George Washington, eux aussi francs-maçons.  C’est du Havre qu’il part à plusieurs reprises pour l’Amérique, c’est au Havre qu’il reçoit des mains du petit-fils de Benjamin Franklin une épée d’honneur que l’on peut admirer dans l’exposition.

Enfin, au bout de la grande salle du Chapitre, on peut voir deux magnifiques colonnes de bois que notre guide a identifiées comme les colonnes du fameux temple de la rue Lecesne du Havre.