D69 IW CLUB de ROYAN

Fabrication de masques à Royan

Mardi 17 mars il fait très beau à Royan : c’est le premier jour de confinement. Dans ma résidence, nous ne sommes pas très rassurés : dès le samedi précédent, sont arrivés de différentes régions les propriétaires qui ne viennent habituellement que l’été.  Ont-ils apporté avec eux ce satané virus au nom  barbare de COVID 19 ? Sont-ils inconscients : les plages sont envahies au cours du premier week-end de confinement ? Elles seront interdites rapidement.  Nous nous calfeutrons de plus belle. 

Comme une grande partie de la population de Royan,  dans notre club beaucoup  dépassent cet âge fatidique de 65 ans : nous devons prendre nos précautions. Le  club institue dès le départ et naturellement  un certain protocole : rester en contact par internet, téléphone, avoir un emploi du temps d’occupations diverses et variées. Les maisons, les appartements sont propres, les jardins sont bien entretenus. Parce que nous avons espoir de nous revoir, nous travaillons pour notre prochaine vente : tricot, couture, broderie, peinture …  La  routine s’installe.

La mairie fait un appel aux couturières des différents clubs et associations pour la fabrication de masques. Je ne réponds pas tout de suite,  je ne peux utiliser ma machine à cause d’un problème de vision. Ayant reçu un modèle simplifié par messagerie,  je couds  mes  masques à la main. Lorsque la mairie fait appel à un prêt de machines, je saute sur l’occasion et prête la mienne au service scolaire qui a créé un atelier. En contrepartie on me donne par deux fois de l’élastique

 Je fais alors appel à ma voisine de palier qui a une machine ;  elle a 92 ans, son époux est décédé brusquement le premier dimanche du confinement, suite à deux malaises cardiaques. Elle est déprimée mais elle accepte volontiers de m’aider. Après avoir sorti mes tissus, les avoir découpés, je vais chez elle et nous commençons doucement notre petit atelier.  Pour se rapprocher de leur fils, il y a quatre ans le couple n’avait pas hésité à déménager de Normandie vers Royan. Nous avons habité à des périodes différentes la même ville : les Andelys (D64). Au cours de nos travaux, nous échangeons nos souvenirs de personnes que nous avons côtoyées. Cette petite dame discrète oublie quelques temps son chagrin.

En même temps, je fais appel à Yvette qui n’a pas internet et qui se sent seule malgré  les contacts téléphoniques avec  sa famille et les membres du club.  Malgré ses inflammations aux  mains, elle reste une bonne couturière.  Elle habite à plus d’un kilomètre de chez moi,  je me fais une attestation spéciale pour fabrication de masques et je vais d’un bon pas à travers les rues désertées, en écoutant le chant des oiseaux. Je prépare,  je repasse, Yvette coud. Claude-Edith qui ne coud pas et a besoin de masques, nous rejoint et nous aide.

 Nous échangeons sur le club, le confinement, les problèmes rencontrés, les mots utilisés ou inventés pendant cette période : distanciation,  quatorzaine,  déconfinement. 

Dès l’annonce de ce dernier, nous sentons un frémissement de l’activité : dans les  quartiers. Les petites entreprises reprennent les travaux dans les maisons, la circulation reprend dans certaines rues.  Sur le front de mer, les « sportifs »,  les promeneurs de chien sont plus nombreux. 

Notre fabrication de masques n’a peut-être pas été rentable : nous en avons cousu près de 40 pour être donner à la mairie.  Elle a permis au moins à une personne d’atténuer sa peine et à une autre d’être moins isolée et de reprendre contact avec ses amies du club.

 Jehanne Laroche présidente Inner Wheel club Royan