D73 Souvenirs pour nos gouverneurs de la" maison hantée de la pointe".

Dressée face à la mer, fière et défiante, cette bâtisse abandonnée, malmenée, dépouillée, diabolisée, semble s’entêter à ne pas s’écrouler. Mieux encore, elle nargue les riverains qui ont connu son
âge d’or jadis mais qui, pris par la quotidienneté, se sont détournés de sa décrépitude.
Nous sommes nombreux à avoir manifesté de l’intérêt pour ce château dit “la maison hantée de la Pointe”.
En passant dans le quartier où se dresse ce château, mon attention a été retenue par une activité inhabituelle : des ouvriers dressant les échafaudages, des camions déversant du sable et du matériel de
construction, des engins très bruyants. Je m’arrête et je vais vers celui qui m’a semblé être le contremaitre.
Avec politesse, il sourit à ma question et m’invita à m’adresser à la Municipalité, car il n’en savait rien affirma-t-il. “Notre entreprise a pris le projet de rénovation…. c’est tout ce que je peut vous dire”.
Ma curiosité insatisfaite, je n’abdiquais pas. Avec le pas décidé, je m’avançais vers le petit café des pêcheurs, en face de la carcasse sur la route… il y a bien un Pépé qui voudra bien me dire quelque chose.
“Au diable le conformisme ; pourquoi une femme n’a-t-elle pas le droit de rentrer dans ce lieu ?”
En quittant le café j’étais doublement heureuse ; d’avoir d’abord bravé le “tabou” et ensuite d’avoir recueilli plein d’informations que je vous relate en substance :
C’est la Wilaya qui a pris en main la restauration de ce vieux château pour en faire un petit hôtel, et ce, dans le cadre d’un projet touristique pour la région.
Le bâtiment a été construit les années1930 par un certain M. Grandval. De Style Florentin le propriétaire a voulu en faire une maison de convalescence, d’où
l’option des grandes fenêtres permettant au soleil d’inonder les chambres occupées par des «phtisiques».
Après la mort du bienfaiteur, « la Villa Florentine » sera occupée, pendant la seconde guerre mondiale, par des troupes des alliés avant de passer à la Mairie de St Eugène qui en fit une école primaire mixte.
En 1962, le bâtiment fera l’objet d’un acte de vandalisme par l’oas ce qui le précipitera dans la tourmente de la dégradation et de la désolation.
Depuis, toutes sortes de légendes plus extravagantes les unes que les autres, et des rumeurs couraient sur l’existence de fantômes
qui l’occupent à la suite du suicide d’un malade mental ayant choisi ce lieu abandonné pour mettre fin à sa vie.
Mon petit Pépé avec qui j’ai discuté dans le café, habitant le quartier depuis sa naissance, m’affirmait que les riverains n’en croient pas un seul mot de ce que les gens se plaisent à
raconter sur la "maison hantée"…
En relatant cette histoire plutôt banale qui n'a d'intérêt que pour ceux qui la connaissent, j'ai voulu faire un clin d'oeil amical à toutes les Gouverneurs qui nous ont rendu visite à Alger Lumières. Laila Ghlamallah