D69 - Club de Saintonge

Parlant d’elle-même à des journalistes, elle disait : "Moi, une héroïne, sûrement pas !... J’appartiens à ce qu’on peut appeler  "les braves gens" .Je suis une brave femme, pas beaucoup plus…"                 
Et pourtant Geneviève Anthonioz de Gaulle, née le 25 Octobre 1920 fut une héroïne à plus d’un titre.

Sa jeunesse fut ponctuée de drames : elle perdit sa mère à 4ans. Restée seule avec  trois enfants, son père Xavier de Gaulle, Ingénieur des Mines en Sarre, perdit son travail et la famille dut fuir la Sarre devenue allemande. Mise en pension à Metz avec sa sœur Jacqueline,  Geneviève A. de Gaulle eut la douleur de perdre cette  dernière  de la typhoïde !

C’est à 13ans, en lisant Mein Kampf qu’elle comprend combien Hitler et l’idéologie nazie sont des menaces pour la liberté et la culture… Et dés qu'elle fut reçue au bac le 11 Juillet 1938, elle rejoint sa grand-mère en Bretagne et s’inscrit en licence d’histoire à la faculté de Lettres de Rennes.  

Chez sa grand-mère, à Locminé, le 18 Juin 1940, elle assiste à l’entrée des troupes allemandes dans la ville et apprend, d’un prêtre de la Paroisse, l’Appel de son oncle Charles.

Elle entre immédiatement dans la Résistance et s’inscrit en 1942 à la Sorbonne, devient membre du Réseau : "Musée de l’homme", distribue des tracts dans le métro, effectue des missions de renseignements, participe à la création de plusieurs maquis au sein de ; "Défense de la France". Arrêtée le 20 Juillet 1943, sur dénonciation, elle passe six mois à Fresnes  puis mi-janvier 1944 est envoyée à Ravensbrück. Elle y retrouve des amies résistantes dont Marie-Claude Vaillant- Couturier et  l’ethnologue Germaine Tillon.
Himmler la fait isoler, espérant s’en servir pour négocier avec le général de Gaulle, son oncle.                                                                                                                 
Libérée en Avril 1945, elle est remise presque aveugle, pesant  44kgs, à son père, à la frontière Suisse… Mais, là ne s’arrête pas son parcours héroïque.

Elle rencontre un résistant savoyard, ami d’Aragon et de Malraux : Bernard Anthonioz avec qui  elle se marie. Elle devient Présidente de l’Association des Déportées et Internées de la Résistance (ADIR), témoigne de la barbarie nazie au Procès de Barbie  en 1987. Chargée par Malraux, de la recherche scientifique au Ministère de la Culture, elle rencontre lors d’un dîner, le Père Joseph Wresinski,  aumonier  au Camp des Sans Logis de  Noisy-le-grand,  qu’elle visite.

La misère rencontrée lui rappelle le camp de déportation, elle décide de s’occuper de la pauvreté. Elle quitte le ministère, aide à la création et devient la présidente très active de l’Association ATD (Aide à Toute Détresse). Pour ses « Sans domicile fixe », elle devient membre du Conseil Economique et Social et le 28 Juillet 1998, grâce à ses rapports, ses diligences, la Loi relative à la lutte contre l’Exclusion est votée. Belle victoire pour cette mère de 4 enfants et combattante !  Malade, elle quitte la présidence de l’ADT quart monde et redevient une volontaire permanente.

Elle décède le 15 Février 2002. Geneviève Tardieu  décrivait cette grande dame comme : "Toujours polie, aimable, parfois incisive avec un sens de la formule doublé d’un certain humour. Petite femme discrète qui était aussi  une fine stratège."

Geneviève Anthonioz de Gaulle était  titulaire de la Croix de Guerre, de la médaille de la Résistance et fut la 1ère femme à recevoir la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur.
Elle vient  d’avoir l’honneur  de reposer au Panthéon auprès de Grands Hommes. Mais seule un peu de terre de sa sépulture a été transférée, sa famille souhaitant qu’elle demeure dans la tombe partagée avec son mari.
Résistante, Militante des droits de l’Homme et de la lutte contre la pauvreté, doublement héroïne.

Quel exemple, quel titre  de fierté  pour les femmes !!
  1. Elle a écrit ; La traversée de la nuit et Les secrets de l’Espérance.
 
Monique COLLOT
Club de Saintonge
Editrice : Marie-France Baron  - novembre 2021